POUR UN TOMBEAU (D’ANATOLE)

18 août 2015 · Bande annonce,Théatre

d’après Pour un Tombeau d’Anatole de Stéphane Mallarmé, etc.
Adaptation, mise en scène et scénographie : Clément Camar-Mercier/Les Fossés Rouges
Avec : Baptiste Dezerces et Valentine Krasnochok
Dramaturgie : François Regnault
Collaboration artistique : Etienne Gaume, Dominique Houzé
Création lumières : Xavier Duthu
Décors : Lara Hirzel
Robotique : Benjamin Bouet
Costumes : Alice Ramond, Mathias Régnier

Création les 13, 14 et 16 septembre 2012 au Théâtre universitaire de la rue d’Ulm.


Le Tombeau d’Anatole

par François Regnault

Un « tombeau » est un genre plutôt musical, comme ce Tombeau de Couperin qui est un hommage de Ravel à un prédécesseur, dans le style plus ou moins imité du défunt. On célèbre sans larmes un génie trépassé, en escomptant un peu le même service de ceux qui vous survivront, quand vous aurez rejoint le Parnasse. Anatole n’aura été personne, tout au plus un enfant mort à huit an d’une maladie (première atteinte du mal en mars 1876, mort le 8 octobre). Son père Stéphane Mallarmé était un grand poète, l’un des plus grands. Il tente donc, en déposant des notes sur quelque 210 feuillets, une chose impossible.

Ecrire un Tombeau pour son fils, sans doute pour tenir à la distance de la Poésie – mais pour Mallarmé, toute chose aura été moins proche de lui que la Poésie – un deuil, ce deuil qui est la pire épreuve qu’un être humain puisse connaître, survivre à son enfant, à moins de l’avoir tué (et Mallarmé va jusqu’à se dire l’avoir sacrifié, comme Abraham Isaac).

Lorsque un enfant meurt, proche ou lointain, nous n’avons rien à dire et nous restons sans mots. Il nous faut accepter alors que celui, que celle, à qui cela arrive, cherche, trouve, ne trouve pas, comment faire.

Mallarmé n’a pas su comment faire, sinon, dans ce qui n’est pas et ne sera pas une oeuvre, tenter de se tenir résolument pour l’égal de ce petit : « Moi je lui ai dit deux frères ». Petit comme le petit mort, mais ce dernier, grand, à cause de la mort. Et le rapport de soi-même à sa propre mort, aussi impossible, tant qu’on vit, que la mort de l’autre est réelle, et même si l’on veut la porter désormais en soi-même.

Mais nous, nous, si la fortune nous a épargné l’Epreuve, il nous est permis de prendre de loin la suite du Père, de la Mère en deuil, dans l’Art ; dans cette Beauté dont Lacan dit que la fonction est d’être « barrière extrême à interdire l’accès à une horreur fondamentale.»

Et d’en faire un théâtre, même. Une fiction scénique de ce Tombeau – avec des personnages autour du Père et de la Mère, autour de l’Enfant irreprésentable – et de sa mort inconsciente et muette.

Un tel spectacle, pour nous, autour de quel trou, comme pour Hamlet au tombeau d’Ophélie, et à quel prix, escompterons-nous du théâtre une consolation à nos deuils ou à nos douleurs, si tout théâtre n’a lieu que comme un amusement heureux au défaut même de cette mort dont nous serons inconsolables, faute d’y pleurer : la nôtre ?

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