RICHARD II

20 août 2015 · Théatre

Richard II, de William Shakespeare
Nouvelle traduction et adaptation : Clément Camar-Mercier/Les Fossés Rouges
Mise en scène : Guillaume Séverac-Schmitz/Collectif Eudaimonia
Scénographie : Emmanuel Clolus
Création lumière : Pascale Bongiovanni
Création des costumes : Emmanuelle Thomas
Régisseur général : Yann France
Attaché de production : Alain Rauline assisté de Cécile Usai
Chargé de diffusion : Olivier Talpaert
Avec : Jean Alibert, Francois de Brauer, Yannik Landrein, Pierre Stéphane Montagnier, Thibault Perrenoud, Nicolas Pirson et Olivia Corsini

Création le 3 novembre 2015 à l’Archipel – Scène Nationale de Perpignan.
Tournée : à venir.

 

De la traduction de Shakespeare
par Clément Camar-Mercier

Si la traduction a l’air de toujours se poser comme un problème dans l’histoire et dans l’approche de la littérature, il faut aussi parfois savoir embrasser sa beauté. Au théâtre, ce serait de pouvoir offrir à chaque nouvelle création d’un même texte : un nouveau souffle, une nouvelle langue. Au fond, la traduction dramatique est là pour servir la poésie du théâtre : pour une seule pièce, un nombre illimité de textes. Imaginez !

Il n’y a aucun travail de comparaison à faire entre les différents et merveilleux travaux autour de Shakespeare, que ce soit les traductions universitaires les plus fidèles ou les adaptations les plus folles. Chaque travail de traduction est différent : il s’agit d’un geste pour comprendre l’auteur, connaître le théâtre pour lequel il écrivait et sa contextualisation autant sociale, poétique que métaphysique. D’autre part, la connaissance de la langue dans laquelle on traduit a toujours plus d’importance que la langue depuis laquelle on traduit. Il faut tenter de recréer un nouveau texte fidèle à un esprit plus qu’à un contenu, fidèle à une forme plus qu’à un sens, fidèle à une esthétique plutôt qu’à un discours.

Et puis, une œuvre « complète » de Shakespeare n’a aucun sens, les textes ont sans cesse été modifiés, souvent écrits en commun avec les acteurs (pour les théories les moins loufoques…), transcrits depuis les notes des souffleurs ou écrits de mémoire par les acteurs. C’était donc déjà un théâtre en mouvement, d’où l’intérêt encore de continuer ce mouvement par la traduction.

Pour prendre un exemple : une des particularités les plus intéressantes à développer avec ce théâtre, ce sont les différents niveaux de langage utilisés par Shakespeare, selon les personnages. Une traduction trop fidèle à un discours de l’époque ne peut pas avoir le même effet sur un public d’aujourd’hui qui n’a ni les mêmes références historiques, ni le même rapport au théâtre. L’idée est que le spectateur ne doit pas être limité dans son immersion au théâtre par ces références, évidentes à l’époque Élisabéthaine, contraignantes aujourd’hui et qui nuisent à l’urgence dramaturgique essentielle à Shakespeare.

Ce qui pouvait paraître vulgaire ou commun à l’époque de Shakespeare peut nous apparaître soutenu aujourd’hui. Disons grossièrement que cette proposition d’adaptation utilise les registres contemporain pour faire ressentir les ruptures dans les registres de l’époque élisabéthaine. Si ces adaptations de langage existent, le texte reste une traduction fidèle qui, par une orientation dramaturgique originale, tente de retrouver le lyrisme théâtral propre à l’anglais de l’auteur.

Intéressons-nous aussi à la ponctuation : dans cette traduction, elle est adaptée au français, car son utilisation est différente d’une langue à l’autre, mais, bien sûr, inspirée par le rythme du texte original – pour en retranscrire l’humeur et l’énergie. Idem pour les sauts à la ligne, ils collent parfois avec le vers Shakespearien mais marquent plus souvent une proposition de respiration, de rupture dans le phrasé français – ou aident simplement à la compréhension.

Autre exemple : les jeux de mots ou les blagues doivent être adaptés et à l’époque, et à la langue française. Quitte à s’éloigner un peu du sens d’une blague… Mieux vaut faire rire aujourd’hui ! Je ne pense pas que le contenu d’une blague, d’un jeu de mot ou d’une allitération soit le plus important, ce qui est important c’est de faire rire quand Shakespeare voulait faire rire. Pareil pour la fluidité et le rythme. Toujours garder le tempo : quitte à s’arranger en disant différemment.

Pour ce qui est du travail d’adaptation, il a été fait en étroite collaboration avec le metteur en scène, ainsi le texte de cette création relève d’un double travail qui ne peuvent qu’exister ensemble. Cette nouvelle traduction de la pièce ne peut donc pas se détacher de l’adaptation pour la mise-en-scène qu’elle propose : intrigue étoffée, moins de personnages, clarification du propos historique, rythme accéléré, transitions plus brutales, etc.

Ne plus penser la traduction comme un problème mais comme une chose incroyable, un outil merveilleux : voilà ce que permet le théâtre. Puisque Shakespeare est aussi atemporel qu’universel, pertinent satire qu’exigeant tragédien : ce travail semble couler de source. Les pièces peuvent renaître sans cesse, non plus par l’intermédiaire unique de la mise en scène, mais aussi par le travail de traduction et d’adaptation dramatique qui nous fait penser le texte dans une nouvelle époque, pour un autre public et grâce à une langue différente qui ne doit détériorer ni la poésie ni le sens profond du verbe décryptant l’âme humaine avec toujours plus de véracité. Et puis l’important : n’est-ce pas la soif d’énergie vitale que nous apporte la poésie ?

Pour télécharger un extrait de la traduction, cliquez ici.