RICHARD III

18 août 2015 · Ils sont venus,Théatre

RICHARD III
De William Shakespeare

Nouvelle traduction et adaptation : Clément Camar-Mercier/Les Fossés Rouges
Mise en scène : Baptiste Dezerces/Juste avant la compagnie
Collaboration artistique : LISA GUEZ
Costumes : VALENTINE KRASNOCHOK
Création lumières : PAUL CHARLOT
Régie lumières : VINCENT MILLON
Musique : THIERRY LEGEAI et ARTHUR GUILLOT
Régie son : LOUIS-MARIE HIPPOLYTE
Avec VALENTINE BELLONE, YOHANN BOURGEOIS, BAPTISTE DEZERCES, ARTHUR GUILLOT, VALENTINE KRASNOCHOK, NELLY LATOUR, SIMON REMBADO, MILENE TOURNIER

Création les 12, 13 et 14 septembre 2013 au Sarret de Grozon, Arbois (39).
Du 26 au 29 septembre 2013 représentations à L’Ecole Normale Supérieure 45 rue d’Ulm, à Paris. Du 6 au 9 novembre 2013 représentations au Théâtre du Seuil, dans la chapelle Saint Julien à Chartres (28).
Le 22 avril 2014 représentation au théâtre El Duende, à Ivry-sur-Seine (94).
Le 10 mai 2014 représentation au foyer rural de Villiers-sous-Grez (77) dans le cadre du festival des fêtes de mai organisé par la compagnie.
Les 11 et 12 Octobre 2014 au CCA – Le Millénaire, Lille.

 

 

SUR LA TRADUCTION
par François Regnault

Tout traducteur en envie un autre. Horace a inventé la formule : « Engeance irritable des poètes »[1], mais bien plus existe la gente irritable des traducteurs ? De toute façon, toute personne un peu frottée d’une langue étrangère trouvera toujours que tel mot n’est pas bien rendu dans la sienne : « Non, to be, ce n’est pas tout à fait être ! C’est plus…, c’est moins…, etc. » Donc, Clément Camar-Mercier traduit le redoutable Richard III (redoutables et la pièce et le Roi). Eh bien ! Partons de l’essentiel : cela passe fort bien la rampe. On entendait tout, et aussi ce que Shakespeare laisse entendre sans le dire, ou dit sans le penser, ou pense en laissant entendre autre chose, car il était retors, ou, si vous préférez, baroque.

Traduire une pièce de théâtre en vers, cela consiste, je le pense, à bien rendre les mots, mais aussi les figures, métaphores, tournures, trouvailles, audaces, jeux de mots, et les équivoques, presque toujours obscènes – si nombreuses chez Shakespeare qu’on en a souvent le tournis – et aussi les injures ; et puis les phrases, de façon qu’on les distingue comme phrases, et la syntaxe parfois complexe, de façon qu’on en perçoive le mouvement et la portée. Et puis les vers, qu’on traduise en prose, en vers nombrés ou en vers libres, comme ici… Et puis le style, cette chose bizarre dont Buffon dit que c’est « l’homme même » (« l’homme à qui on s’adresse », ajoute Lacan), même si l’homme Shakespeare, on ne sait toujours pas qui il était (j’entends le poète, je laisse de côté les fariboles sur son existence et sur son identité), et que peut-être l’homme était bel et bien vous et moi, s’adressant en même temps à vous et à moi. Et en outre, il faut savoir traduire la réplique comme réplique de théâtre, et puis aussi l’ampleur d’une tirade, et l’étendue d’une scène entière, et, pour finir, la pièce dans toute sa trajectoire !

Je pense que Clément Camar-Mercier est soucieux des objets tangibles, de la réalité, d’en venir, comme on dit, au faire et au prendre, donc des verbes, donc des actions. Allons donc ! Prenons un exemple. Les injures, si essentielles : « rooting hog », dit Margaret à Richard ; on peut traduire « porc fouisseur », oui, c’est élégant, mais « cochon fouineur », traduit Camar-Mercier : on voit mieux l’objet en question, dans sa boue. Pour le style : « Dispatch », dit Ratcliffe (acte III, scène 3) : « Dépêchons », dirons-nous ; mais le « On se grouille » de Camar-Mercier se fait si bien entendre ! C’est vulgaire, direz-vous. Et qui vous dit que Shakespeare ne le soit pas autant, ici même ? Aussi familier qu’on peut l’être. Songez à Rabelais. Ou encore : « A blessed labour » [II, 1] : « Oeuvre bénie » ! Bon. Mais « Sacré travail », n’est-ce pas plus franc ? Plus actif ? J’aime assez que Camar-Mercier risque aussi (juste après « cochon fouineur »), « toi qui fus labellisé dès ta naissance : esclave, etc. ». « Labellisé » est-il trop commercial pour traduire « sealed » (« scellé », « cacheté »), je ne le crois pas.

En reconduisant Shakespeare à ses objets réels, à des tours familiers, à des actions concrètes, à des trajets aisés à suivre, posons que Clément Camar-Mercier, loin de prosaïser, ramène son poète à la scène, mais l’ouvre d’autant plus au vent qui passe, dans la folle équipée de ce si sympathique monstre, dont nous retiendrons qu’il la commence par « l’hiver de son déplaisir », mais pour nous faire aussitôt passer par ces nuages dissipés à ce que nous oublions : son été – sanglant – de gloire !

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[1] « Genus irritabile vatum », Horace, Epîtres, II, 2, vers 132.

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