TENDRE ET CRUEL

18 août 2015 · Bande annonce,Théatre

TENDRE ET CRUEL
De Martin Crimp

Texte français : Philippe Djian
Mise en scène : Brigitte Jaques-Wajeman/Compagnie Pandora
Dramaturgie : François Regnault
Création vidéo et collaboration artistique : Clément Camar-Mercier/Les Fossés Rouges
Assistant : Pascal Bekkar
Décor et lumières : Yves Collet
Costumes : Laurianne Scimemi
Objets de scène : Franck Lagaroje
Maquillages, coiffures : Catherine Saint-Sever
Musique : Marc Olivier Dupin
Avec : Anne Le Guernec, Pierre-Stéfan Montagnier, Thibault Perrenoud, Bertrand Suarez-Pazos, Pascal Bekkar, Sophie Daull, Sarah Le Picard, Aurore Paris, Jenny Mutela, Arnold Mensah

Création le 31 janvier 2013 au Théâtre de l’Onde – Vélizy.
Du 5 au 21 février 2013 au Théâtre de la Ville – Paris.
Du 26 au 27 février 2013 à la Comédie de l’Est – Colmar.
Le 24 mai 2013 à L’Apostrophe – Cergy-Pontoise


Avec Tendre et cruel, Martin Crimp réécrit une tragédie de Sophocle, Les Trachiniennes, et la porte entièrement au présent. Il retrouve la longue tradition des auteurs qui s’emparent au fil des siècles de thèmes et de mythes antiques et les traitent à la mesure de la plus proche actualité ! Les dramaturges grecs sont les maîtres des fables. Ils nous offrent un fabuleux trésor d’histoires où politique et intimité se nouent et s’opposent de la façon la plus mystérieuse. Nous n’avons pas fini de les explorer. Crimp le fait d’une façon magistrale.

La guerre et l’amour sont au coeur de cette pièce éminemment politique : la guerre entre les sexes et les nouvelles formes de la guerre contemporaine aux masques multiples : Des enfants soldats aux armes chimiques ! Tout le génie de cette adaptation tient à la manière dont le militaire et le civil, le bourreau et la victime, l’amour et la mort vont se confondre ici si bien qu’aucune zone n’est finalement tenue à l’écart de l’horreur. L’éclatement des frontières de la brutalité est en effet ce qui affleure dans Tendre et cruel, bien qu’aucun acte de violence n’y soit commis.

Entretien avec Brigitte Jaques-Wajeman, réalisé par Manuel Piolat Soleymat

Quel nouveau point de vue la pièce de Martin Crimp porte-t-elle sur Les Trachiniennes ?

Brigitte Jaques-Wajeman : Martin Crimp reste fidèle à la trame et à la structure des Trachiniennes, tout en projetant l’action et les personnages de Sophocle dans l’époque d’aujourd’hui. Ainsi, Héraclès devient Le Général, Déjanire devient Amélia, le messager est remplacé par des journalistes, le philtre élaboré à partir du sang du centaure Nessos devient une molécule chimique… Cette transposition permet à Crimp de parler des guerres modernes, des dérives de la chasse au terrorisme, des politiques menées par les grandes puissances contemporaines.

Elle lui permet également de peindre un très beau portrait de femme…

B. J.-W. : Oui, le personnage d’Amélia est bouleversant. Il s’agit d’une femme pleine d’ambivalences, à la fois naïve et combative. Tendre et cruel est une pièce très féministe, une pièce qui ne cesse de faire s’entrecroiser intime et politique. Mais Crimp ne se contente pas de dénoncer les excès de notre monde, il élabore également une partition extrêmement poétique.

Vous déclarez que Tendre et cruel interroge l’opacité contemporaine. Qu’entendez-vous par là ?

B. J.-W. : Dans Tendre et cruel, on ne sait jamais qui est coupable et qui est innocent. Crimp met en lumière la dimension mensongère de notre époque, une époque qui nous abreuve de nouvelles, qui nous plonge dans un sentiment de perte par rapport à notre maîtrise du monde. Aujourd’hui, tout passe très vite, les choses nous échappent. Crimp se confronte à tout cela de façon très subtile. Il nous place face aux visages obscènes de la mort et du pouvoir.

Cette nouvelle création rejoint-elle le travail sur le contemporain que vous effectuez, depuis de nombreuses années, notamment à travers l’œuvre de Pierre Corneille ? 

B. J.-W. : Absolument. En travaillant sur l’œuvre de Corneille, je cherche à interroger une forme ancienne à travers le monde d’aujourd’hui. Je me situe ici au même endroit : je souhaite questionner, à travers la partition poétique de Crimp, le monde et le corps contemporain.

Qu’est-ce qui vous intéresse le plus dans l’écriture de cet auteur ?

B. J.-W. : Justement, sa langue très poétique. Et puis la façon qu’il a de créer des ruptures, de faire surgir le vertige au sein même des dialogues. A chaque instant, on ressent l’intériorité troublée des personnages. Et puis, il possède un humour très particulier. Un humour qui mêle une sorte de distance énigmatique à une forme d’hypersensibilité.