VOUS N’AVEZ VU AUCUNE VOIX

19 août 2015 · Théatre

VOUS N’AVEZ VU AUCUNE VOIX
D’après La Bible : Premier et Nouveau Testament
Conception et mise en scène : Clément Camar-Mercier/Les Fossés Rouges
Dramaturgie : Jérôme Prigent
Création lumières : Xavier Duthu
Création sonore : Françoise Camar
Collaboration artistique : Rémi Guittet/Les Fossés Rouges
Création au printemps 2016 à L’Église Saint-Eustache – Paris.


LE GRAND CODE

par Jérôme Prigent, dramaturge et prêtre à l’église Saint-Eustache

Mettre en voix et en espace des textes issus de la tradition biblique nous ramène à ce que Northrop Frye appelait « le grand code », qui détermine l’intelligibilité et la saveur de tout texte littéraire. Donner l’accès aux langues originelles, sans fantasme de retour à l’origine, c’est l’un des objectifs possibles de ce projet, en des temps où la patience des détours et des médiations rebute, des temps aussi où la tentation fondamentaliste mine la parole religieuse.
Le choix des péricopes retenues colorera forcément le reste. On peut privilégier des récits qui soulignent les différentes alliances (adamique, noachique, abrahamique, mosaïque, christique; pas forcément dans cet ordre pour ne pas produire un effet d’inclusion téléologique) ou bien les différents genres littéraires (récits symboliques, prophétisme, poésie épique ou lyrique, textes sapientiaux…). En outre, j’aime l’idée d’une déconstruction de la chronologie, pour éviter que la parole chrétienne (le verbe incarné) apparaisse, mécaniquement, comme l’aboutissement, l’accomplissement et le dévoilement ultimes; comme la déduction d’un théorème. Mais plutôt qu’elle retrouve son terreau biblique et son opacité première.
Il y a des « passages obligés », des massifs à frayer, des « morceaux de bravoure »: le poème de la création, la vocation d’Abraham, le buisson ardent, la consolation d’Israël chez Isaïe, la fin de Job, Matthieu XXV, le prologue de Jean, l’hymne à l’agapë de l’épître aux Corinthiens, l’apparition de la Jérusalem céleste dans l’Apocalypse…
Bien sûr, il faut aussi opérer des choix subjectifs pour ne pas donner l’impression de « morceaux choisis ». Il peut y avoir 3 axes thématiques : la révélation, l’alliance, « l’amour » (fidélité et pardon).

En plus des textes originaux et de la musique en live, on entendra un bruissement de traductions dans différentes langues modernes ou liturgiques, pour suggérer l’épaisseur de médiations qui nous maintiennent à distance des textes et de ce qu’ils nous disent. Il faut en effet en finir avec toute illusion de l’immédiateté et suggérer l’espace qui environne tous les mots bibliques. Le langage est notre chute et le lieu d’un salut.

Alterner hébreu, grec de la Septante, latin de la Vulgate et faire entendre des traductions très typées (Renaissance, langue classique, traduction de Chouraqi, de Godart ou Bible des écrivains,…). L’idée babélienne d’un vertige, d’une perte des repères, d’un brouillage de la chronologie peut être stimulante aussi. Ainsi qu’un travail sur la voix : susurrée, hurlée, superposée à elle-même.

Tout devrait conduire l’auditeur, le spectateur, à découvrir que la proximité avec les textes ne peut passer que par une distance, une étrangeté. La familiarité du trop connu (illusion du « croyant ») doit rejoindre la découverte de celui qui ignore ces corpus et qui entend pour la première fois le récit de Babel, par exemple. Communion dans l’émergence du sens.

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